{Extrait du Journal l’uivioiv médicale, Juillet 1845.)
COLLÈGE DE FRANCE,
COURS
L’HISTOIRE ET LA LITTÉRATURE
DES SCIENCES MÉDICALES,
Le doctedr Ch. DAREMBERG,
Deuxième semestre;—Première leçon.
•les leçons du premier semestre; — Programme de
Messieurs,
Avant d'aborder le sujet que je me propose d'étudier avec vous cette
année, il convient, ce me semble, de jeter un coup d’œil rapide sur les
matières traitées dans le premier semestre ; de cette façon nous
pourrons constater 'a marche de la science pendant une certaine pé¬
riode ; nous établirons en même temps un lien naturel entre les leçons qui
vont suivre et celles que j’ai eu l’honneur de faire devant vous.
Mon premier but, vous le savez, Messieurs, est de rendre pratique l’his¬
toire de la médecine. Je n’ai pas la prétention, néanmoins, de vous faire
trouver incessamment dans les enseignemens qu’elle fournit des moyens de
traitement pour telle ou telle maladie, ou la solution des problèmes divers
qui divisent encore les médecins ; j’aurai cependant plus d’une fois Rocca*
sion de vous présenter des résultats d’une application immédiate, et tels
que la science actuelle n’aura rien à y ajouter ou à y modifier. Ce qu’il
faut surtout demander à l’histoire, ce que je désire en faire ressortir, ce
sont des régies positives pour juger les théories médicales, pour apprécier
les méthodes générales de traitement, pour déterminer la valeur et l’ori¬
ginalité de certaines découvertes. Ainsi l’histoire, en même temps qu’elle
éclaire le présent, en meltantdans tout leur jour les acquisitions modernes,
les théories les plus nouvelles, prépare et assure les destinées de la
science. *
Pour atteindre ce but, je ne me suis pas borné ’a la biographie des mé¬
decins, j’ai particulièrement cherché, au contraire, a tracer l’histoire de
la science et de l’art; chaque fois qu’une question de théorie ou de pra¬
tique un peu importante a été soulevée à l’occasion d’un homme, je me
suis efforcé de traiter cette question dans tous les développemens qu’elle
comporte ; de plus, je n’ai cessé de mettre en parallèle la vieille méde¬
cine avec la médecine moderne, et d’éclairer ainsi l’une par l’autre ; car
c’est là, j’ose le dire, la seule manière de rendre l’histoire véritablement
pratique et fructueuse.
Regardant comme insufïisans et parfois infidèles les renseignemens que
je pouvais puiser dans les livres, j’ai interrogé soigneusement la nature
par une sorte de clinique historique, et je n’ai essayé de parallèles
ou de rapprochemens qu’en mettant sous vos yeux les pièces du procès;
de même, toutes les fois qu’il s’est agi d’un point difficile d’anatomie ou de
physiologie, j’ai répété les dissections ou les expériences.
Ma première leçon a été consacrée à l’exposition de ces idées géné¬
rales sur le but de l’histoire, et sur les moyens d’atteindre ce but.
Les classifications sont la base, jê dirais presque sont l’âme de l’histoire
aussi bien que de la science ; une idée, un fait classés, sont à jamais acquis;
on les trouve, pour ainsi dire, à première réquisition ; les classifications
sont dans le domaine de l'intelligence ce qu’est l’ordre dans les affaires;
établies avec rigueur, elles semblent doubler la valeur des faits; elles en
font connaître jusqu’à un certain point la nature et le caractère ; de plus
elles montrent le rapport de ces faits entre eux et avec l’ensemble.
J’ai essayé de vous présenter une division aussi naturelle que possible
des diverses époques ou périodes en lesquelles peut se partager l’histoire
de la médecine. Cette classification repose sur la triple considération de
la; séparation de la médecine occidentale d’avec la médecine orientale pro¬
prement dite, de la persistance de la médecine grecque jusqu’à la décou-
verte de Harvey, enfin de l’analogie qui m’a paru exister entre le déve¬
loppement de la science et celui d’un organisme vivant.
Après vous avoir fait connaître les divisions admises par mes devanciers
j’ai tâché d’en pénétrer l’esprit et de les rapporter à des types généraux.’
Dans le cours de ces leçons, j’aurai l’occasion de reprendre ce sujet lors¬
que je m’occuperai des historiens même de la médecine.
Parmi les diverses périodes; nous avons étudié ensemble celle qui est
comprise entre Hippocrate et Galien. Le lait culminant de cette période
celui d’où découlent tous les autres, c’en 1 ir plu , i , sde ’
due de Grèce à Alexandrie;
Je n’ai pas besoin de revenir sur le caractère et sur les résultats de
cette transplantation; il me suffira de vous rappeler que le nom dV«$
ne convient pas du tout a la réunion des médecins attirés à Alexandrie par
la faveur des Ptolémées. Le Musée devint le foyer de toutes les doc¬
trines; Comme il fut l’asile de tous les médecins ; il n’y eut jamais ’i
Alexandrie d'école dans le véritable sens du mot, comme à Cos à Cnide
et plus tard à Salcrnc ou à Uompelüor; beaucoup de sectes sy formèrent
et notamment la secte empirique, mais aucune n’obtint une prépondé¬
rance exclusive. D’un autre côté, la médecine y resta pure de tout
élément étranger, et en particulier de l’élément égyptien, auquel on a fait
jouer jusqu’ici un rôle tout à fait imaginaire, aussi bien en médecine qu’en
philosophie La nullité de cette intervention a été démontrée d’une façon
irrésistible, d apres 1 étude des monumens, par M. Ampère, pour la philo¬
sophie et pour les lettres (1) ; je suis heureux de confirmer ses conclusions
en ce qui concerne la médecine.
H est temps enfin de-fairé évanouir, à jamais, devant le flambeau de la
critique cette prétendue sagesse égyptienne, véritable mirage, qui séduit
et égare les historiens et les philosophes depuis plus de quinze siècles.
Ainsi, pour la science médicale, on ne trouve rien qui rappelle, sous les
lolemees, meme de loin, cequi adrintpourlaphilosophie vers l’an 193 après
e P 0( I ue a laquelle on fait remonter l’origine de la secte appelée
mfmt Udrie ’ S6Cte d ° m le cai actère P riBd P a] est l’éclectisme, ou la
av ’ dan i s un ensemble régulier, des divers systèmes enfantés en Grèce
ComZ7 rorîeUt ’ leSqU6ls sé dament assez bien dans le mvsticisme;
b S ^r-" le M ’ Vacher «t ™ savant ouvrage récemment pu-
é sur école d Alexandrie (2) ,1e If usée ne doit point être confondu avec
(1) Mevue des Deux-Mondes, 1 er septembre 18f 6, p. 729 et sui.v
1 „L. , lre , n ?]ât °' e McokétAlexandrie, préface, u êl », -
4
l’école philosophique qui porte ie nom d'école iTAlexandrie ; il n’y eut
pas dans cet établissement une véritable école de philosophie, mais plutôt
un institut, où chaque école grecque coexistait et travaillait d’après ses
principes et ses traditions. Le seul caractère commun à ces écoles, c’est
qu’elles avaient apporté et qu’elles conservaient religieusement l’esprit
grec, réagissant contre tout ce qui n’était pas lui. Le Musée demeura tou¬
jours fidèle à son institutition première, et ne se laissa jamais absorber
par les écoles d’origine orientale, avec lesquelles il eut cependant de nom¬
breuses communications.
En résumé, il n’y eut dans le Musée ni une école médicale grecque
prépondérante, ni une école, græco-égyptienne. La médecine grecque à
Alexandrie n’éprouva que très tard le contact direct de la médecine orien¬
tale dans la personne des Arabes, dont les connaissances étaient encore
fort peu avancées. C’est alorsquela magie etl’astrologie furent mêlées aux
doctrines médicales grecques, comme ie mysticisme avait été introduit
dans la philosophie de Platon, d’Aristote et de leurs successeurs ; cepen¬
dant, dans l’un et l’autre cas, l’élément grec conserva sa puissance;
lorsque le temps fut arrivé il reparut au milieu du monde, dégagé de ses
entraves, et portant en lui le germe d’une ère nouvelle, pour le dé¬
développement de l’esprit humain. Ainsi les derniers comme les premiers
destructeurs de l’empire romain triomphèrent dans la sphère du pouvoir
matériel, mais ils subirent constamment le joug de leurs vainqueurs pour
tout ce qui rentre dans le domaine de l’intelligence.
J’ai pensé, Messieurs, que pour étudier avec fruit les doctrines des
plus illustres représentais de l’école dite d’Alexandrie, il importait de
connaître celles de leurs précurseurs immédiats; c’est, à mon avis, le
seul moyen de renouer et de suivre le fil de la tradition. Voilà pour¬
quoi je me suis étendu assez longuement sur Praxagore de Cos, maître
d’Hérophile, et sur Chrysippe de Cmde, dont Erasistrate a été le
disciple. • ,,,, ,
Praxagore, médecin dogmatique, le dernier des Asclépiades, le der¬
nier du moins dont la renommée nous ait apporté le nom, s’attacha
à suivre et à développer la doctrine d’Hippocrate ; il ne s’en éloigne
que rarement. Chrysippe fut moins fidèle aux préceptes du vieillar
de Cos; mais il ne s’eu écarta pas autant que son disciple Erasistrate.
qui perpétue à Alexandrie l’ancienne rivalité de Cnide contre Cos, sous
une autre forme et avec un autre caractère.
De cette époque'date véritablement pour la médecine une ère neuve e,
alors se déclare ouvertement la lutte des modernes contre les anciens, de
l’indépendance contre l’autorité, enfin de l’hétérodoxie contre l’orthodoxie;
car en médecine il y eut toujours, comme en philosophie, comme en théo¬
logie, deux principes opposés, mais non ennemis irréconciliables : je veux
dire la foi dans le dogme, et le libre examen; ils partagent, pour ainsi parler,
l’histoire de la science en deux camps bien distincts. C’est une considéra¬
tion sur laquelle j’aurai souvent l’occasion de revenir, et vous resterez,
je crois, convaincu, que le salut, que les vrais progrès dans les sciences
dépendent précisément du choc de ces dèux principes; le premier modère,
le second pousse impérieusement en avant ; tous les jours ce dernier re¬
conquiert avec plus d’éclat et de force, la prépondérance qui lui est légiti¬
mement acquise.
Dans l’énumération des nombreux ouvrages de Praxagore, je me suis
spécialement arrêté sur son livre intitule ; de la Distinction dès maladies
aiguës. Ce titre seul nous montre clairement la distance qui sépare
praxagore d’Hippo,crate, en ce qui concerne la pathologie. Pour Hip¬
pocrate, la distinction des maladies aiguës en espèces m’est - point impor¬
tante; il lui suffit d’examiner ce qu’elles ont de commun. Il étudie surtout
l’état général, sans trop se soucier de ce qu’il y a de local dans chaque
affection. Aussi, sauf quelques-unes qu’il nomme, les maladies aiguës
n’ont pas de symptômes spéciaux ; ou plutôt ces maladies n'ont pas de
symptômes, mais seulement des signes communs à toutes et dont l’étude
doit faire juger toutes choses. Cette doctrine n’a pu triompher dans la
science; la multiplication des espèces morbides établie dans le livre des
,Sentences cnidiennes prévalut, du temps même d’Hippocrate, ou peu
après lui, caron la trouve dans des livres qui portent son nom. L’expé¬
rience démontra de bonne heure que si la considération de l’état général
' est très importante, iln’est pas moins essentiel de reconnaître et de traiter
les lésions matérielles qui sont précisément, dans un grand nombre de
cas, la cause et comme le foyer de l’état général.
Pour le dire en un mot, dans la période qui nous occupe, l’étude des
détails, aussi bien en anatomie et en physiologie qu’en pathologie, est
substituée à la contemplation de la nature et de la maladie.
A propos de Praxagore, je vous ai fait l’histoire des deux motaHdrfMliti»
et i-auj^; 0 vTa, épigénoittènes et accitlcns.
L'accident est tout phénomène qui n’est pas lié à la maladie et qui.sur-
vientà quelque époque que ce soit de son cours; Vcpigénomène, pris
dans le sens général, est un phénomène qui se montré pendant le cours
6
de la maladie, mais non au début, qu’il tienne ou non à la nature même
de cette maladie, Dans le sens spécial, il exprime tout phénomène se ma¬
nifestant pendant le cours de lu maladie, mais tenant à son développa
ment même. Ainsi dans le premier cas seulement épigénomène peut être
anonyme A'açcidens, et vice versa, L a valeur de ces mots, comme v ou$
l’avez vu, a changé dans le langage médical actuel ; il importait d’avoir sur
leurs sens respectifs des notions précises pour en bien saisir la valeur lors¬
qu’ils se présentent dans les auteurs anciens, et aussi pour se faire une
idée exacte du contenu de deux ouvrages de Praxagore intitulés, l’u n
'.-7 eviyi su \z, l'autre tx ,
Je t ous ai indiqué aussi les différens noms qu’a reçue la luette , et
je vous ai N entretenu d’une de ses maladies appelée ‘ Jtüfyti ( grain
de raisin ) ; vous en avez retrouvé la description dans Boyer,
La doctrine des humeurs tient une grande place, pour ne pas dire la
première place, dans l’histoire de la médecine ancienne; Praxagore étantun
des premiers qui ait rassemblé et systématisé les idées éparses sur ce sujet
dans les écrits hippocratiques, j’ai cru devoir vous exposer sommairement
cette doctrine, sur laquelle je reviendrai souvent, mais qu’il fallait d’abord
considérer dans son ensemble pour bien comprendre les détails ultérieurs,
et n’avoir pas à reprendre les questions générales.
C’est bien à propos de cette théorie si bizarre dans son ensemble, et ce¬
pendant si logique dans les détails, quand on ne fait attention ni au
point de départ, ni aux principes, qu’on peut répéter ces paroles remar¬
quables de Fontenelle :
« Sur quelque matière que ce soit , les anciens sont assez sujets â ne
» pas raisonner dans la dernière perfection. Souvent de faibles conve-
» nanccs, de petites similitudes, des jeux d’esprit peu solides, des discours
» vagues et confus passent chez eux pour dès preuves : aussi rien ne leur
» ? coûte à prouver. Mais ce qu’un ancien démontrait en se jouant, donne-
» rait, à l’iieure qu’il est, bien de la peine à un pauvre moderne. Car de
» de quelle rigueur n’est-on pas sur les raisonnemens. On veut qu’ils
» soient justes, on veut qu’ils concluent ; on aura la malignité de démé-
» 1er la moindre équivoque, ou d’idées OU de mots; on aura la dureté de
» condamner la chose du monde la plus ingénieuse, si elle ne va pas au
” fait. Avant M. Descartes on raisonnait plus commodément : les siècles
» passés sont bien heureux de n’avoir pas eu cet homme-là. » (1)
(1) Voyez Fontenelie ou de.la Philosophie modernerelativement aux sciences
physiques-, par P. Flourens. — Paris, 1847. In-12,
f
C es réflexions ont un sens parfait , surtout quand 0$ les applique à ce
e les anciens ont écrit sur les sciences, car on ne saurait nier qu’ils ont
(!U u SS é part de raisonner jusqu’à son dernier degré de perfection dans la
togique proprement dite.
L’histoire du pouls, celle des opinions anciennes sur la cause du mou¬
vement des artères, se rattachaient trop immédiatement à Praxagore pour
que j’aie négligé de m’arrêter sur un sujet intéressant à plus d’un litre, et
pour lequel je crois avoir fourni quelques documens nouveaux.
Afin que vous puissiez suivre les origines, le développement et les mo¬
difications principales de la doctrine du pouls, j’ai tâché de vous donner une
idée plus exacte, plus complète, qu’on ne l’avait fait jusqu’ici de lascienee,
ou plutôt de l’art sphygmologique, entre les mains des hippocratistes ;
vous avez vu que ces médecins avaientporté leur attention non seulement
sur les mouvemens anormaux, mais aussi sur le battement naturel des
artères, surtout aux tempes, car je n’ai point trouvé de texte qui se rap¬
portât à l’artère radiale. Chemin faisant, je vous ai exposé les opinions
de Galien sur les questions qui nous occupaient immédiatement, ou sur
celles qui s’y rattachaient de très près. C’est ainsi que j’ai pu vous tracer
une histoire sommaire de la sphygmologie, envisagée surtout dans ses
rapports avec la physiologie, réservant tout ce qui regarde la pathologie
pour le moment où nous nous occuperons du médecin de l’ergame (1), .
„ Vous savez, Messieurs, quelles opinions le maître d’Hérophile professait
sur la chaleur innée, dont il niait l’existence; sur la respiration, dont
l’usage était de fortifier l’âme ; sur la digestion, qu’il regardait comme une
putréfaction; enfin, sur les rapports génésiques qui existent entre la
moelle épinière et le cerveau.
Les hippocratistes soutenaient, en se fondant sur une conception théo¬
rique de l’embryogénie, que la moelle procède du cerveau ; Praxagore
défendait précisément l’opinion contraire. La doctrine hippocratique est
restée classique, et Galien s’en montre l’ardent défenseur. Une grande
partie dgs anatomistes de la renaissance sont revenus au sentiment du
maître d’Hérophile. Les recherches les plus récentes d’anatomie com¬
parée et surtout d’embryogénie donnent tort à ces deux conceptions, en
(1) On trouvera du reste des.renseignemens étendus sur ces diverses questions dans
une brochure que j’ai publiée, 1 au passé, sous ce litre.: Traité sur le pouls attribué
a Rufus d’Ephise, publié pour la première fois en grec et en français, .avec
une introduction et des notes.
démontrant que la moelle ne procède pas plus du cerveau que le cerveau
ne procède de la moelle, mais que ces deux parties, constituées d’abord
par deux points isolés apparaissant à peu près simultanément, finissent
par se réunir l’une à l’autre.
Vous rappeler aujourd’hui tout ce que nous retrouvons dans les auteurs
sur les connaissances de Praxagore en pathologie spéciale serait pro¬
longer ce résumé au-delà de toute mesure. Je veux seulement remettre en
votre mémoire le chapitre où C. Aurelianus expose les opinions des anciens
sur la question de savoir quelle partie est malade dans la pleurésie ; je
n’ai pas besoin d’ajouter que le nom d’Hippocrate ne figure pas dans la
liste. Les uns voulaient que le poumon fût attaqué, les autres soutenaient
que la plèvre était malade. Vous avez suivi avec intérêt les argumens
allégués en faveur de l’une ou de l’autre opinion, et vous avez été sans
doute frappés de la force des raisons invoquées, en dehors de toute
notion d’anatomie pathologique, pour défendre la bonne doctrine.
La réputation de Praxagore s’étendit au loin, vous en avez trouvé la
preuve dans cette petite pièce tirée de VAnthologie grecque, et due à un
poète du nom de Krinagoras.
« Le fils dePhœbus lui-même (Esculape) a mis dans ta poitrine, ô Praxa-
» gore, la connaissance de l’art qui fait oublier les souris. Il a imprégné tes
» mains du baume qui guérit tous les maux. Tu as appris de la douce
» Epione (fille d’Esculape) quelles douleurs accompagnent les longues
» lièvres, et quels médicamens excellens il faut appliquer sur la chair di-
» visée; si les mortels possédaient des médecins tels que toi, la barque des
» mqrts ne voguerait pas si chargée. »
11 m’a paru convenable, pour ne pas laisser de lacune, de vous faire
connaître les disciples de Praxagore autres qu’Hérophile, je veux dire
Philotime, Plistomcus, Xénophon et Mnésithée.
Xénophon m’a fourni l’occasion de vous présenter le résultat de mes
recherches cliniques sur la maladie appelée therminlhe, téf t j.nhos, par les
Grecs ; je crois vous avoir démontré qu’il s’agit de Y Eczema luridum.
Philotime ayant écrit un livre sur les Officines, j’ai rassemblé devant
vous les détails concernant l’organisation de ces laboratoires des mé¬
decins dans l’antiquité ; vous avez pu vous les représenter tapissés d’ins-
trumens, remplis des appareils ou machines propres aux opérations, et
fournis de médicamens internes ou externes ; maintenant les fonctions
de l’opérateur, celles des aides, les relations des confrères entre eux,
les rapports entre les médecins et les cliens vous sont bien connus.
Par ces détails, j’ai tâché de faire revivre une époque reculée, et de
vous montrer nos premiers maîtres enseignant par la parole et par
l’exemple.
Mnésithée nous a laissé le premier modèle d’une encyclopédie médicale
et d’une classification des causes des maladies; de plus, j’ai été assez heureux
pour vous donner le premier la traduction de fragmens étendus et impor¬
tai sur le régime des enfans, fragmens qui nous ont été conservés par
Oribase, et que j’ai découverts dans un manuscrit fort ancien de la
bibliothèque royale. Je vais bientôt publier la description de cet impor¬
tant manuscrit avec des extraits considérables.
En ce qui concerne Chrysippe, je me suis particulièrement attaché
à sa doctrine du rejet absolu de la saignée, sujet sur lequel je reviendrai
avec plus de détails encore dans une des prochaines leçons, à propos
d’Erasistrate. Le nom de Chrysippe ne paraît pas avoir eu un grand
retentissement. Au temps de Galien, ses livres étaient menacés d’une
entière destruction.
Les disciples de Chrysippe, Médius , Aristogène et Métrodore,
ne nous ont offert rien d’important à étudier. Nous sommes bientôt
arrivés à Hérophile.
Hérophile ne nous a pas demandé moins de trois leçons ; ce n’est cer¬
tainement pas une proportion démesurée, si l’on considère l’étendue et
1 importance des travaux de cet illustre médecin, surtout en anatomie.
Jusqu’à lui le scalpel des anatomistes ne s’était adressé qu’aux animaux;
le premier il a osé porter la main sur le cadavre de l’homme; et même,
non content d’étudier l’organisme mort, il voulut surprendre le secret
de la nature sur des hommes vivans. De malheureux condamnés ont
été livrés par le roi Ptolémée à son scalpel inhumain, au lieu d’être
envoyés au supplice ; ainsi un zèle déréglé pour la science, une passion
effrénée pour la gloire, ont transformé le médecin en bourreau.
La réputation laissée par Hérophile comme anatomiste, a fait pâlir
celle d’Erasistrate, et n’a guère été égalée dans l’antiquité que par celle
du médecin de Pergame ; à la renaissance quelques restaurateurs de
i anatomie n’ont pas craint, par un sentiment d’inconcevable jalousie,
opposer le disciple de Chrysippe à Galien lui-même, et de le placer au-
dessus de ce prince de l’anatomie ancienne, _
Hérophile a décrit sur l’homme beaucoup de parties qui, sur les ani¬
maux n’avaient pas fixé l’attention de ses prédécesseurs ; il a impose a ces
parties des noms qui sont arrivés jusqu’à nous, comme un témoignage de
sa science anatomique et de sa renommée. Le premier avec Eudeme, il a
écrit sur le système nerveux; le premier il a décrit les nerfs, mais sans
•les distinguer complètement des tendons et des ligamens, erreur qui, du
reste, est encore en grande partie consacrée par Galien.
Aux preuves alléguées déjà par Philipson (1), j’en ai ajoute quelques
autres qui établissent, je crois sans réplique, qu’Aristote ne connaissai pas
îes nerfs; ce qu’il appelle de ce nom n’est autre chose que du tissu
fibreux. On éprouve une sorte de remords lorsqu on enleve ainsi a un au
teur tel qu’Aristote, quelque partie de sa gloire ; on aimerait mieux, au
contraire, lui trouver un nouveau titre à l’admiration; mais cest sur-
tout quand il s’agit de la science, que la vérité doit s’élever au-dessus de
toute considération personnelle.
Hérophile a repris et complété les recherches de son maître Praxagore
sur l’anatomie et la physiologie du système vasculaire Jusqu ici v
doctrine rhytli.nîquedu pouls avait été mal comprise; a laidedeiecher _
nouvelles, et surtout grâce à la découverte du texte grec d un petit trai e
sur le pouls (mentionné plus haut), j’ai pu faciliter l’intelligence de e suje
par lui-même fort obscur, mais dont l’élude prouve jusqu a quel degre
d’habileté, ou si l’on veut de subtilité, les anciens étaient arrives en sphy g
mologie par l’habitude constante d’étudier les modifications du pouls, en
l’absence de moyens plus positifs de diagnostic.
La théorie du disciple de Praxagore sur la respiration estasses compli¬
quée; cette fonction consistait pour lui en six nmvcmcns : quatre appar¬
tenaient aux poumons, deux à la poitrine. Premier mouvement : diasto e
du poumon pour attirer l’air extérieur ; - deuxième mouvement : systole
du poumon pour faire pénétrer l’air du poumon dans la poitrine
troisième mouvement ; coïncidence d’un mouvement de diastole de la
part du thorax; - quatrième mouvement ; diastole du poumon pour r -
cevoir l’air renvoyé par la diastole des parois de la poitrine (cinquième
mouvement); - sixième mouvement : systole du poumon pour expulser a
l’extérieur la surabondance de l’air. __ -
(1 ) De InUrnarum hmimi corporis partium cognitiom Aristotelü cum
Platonis sententiis coimparata, etc, Berlin, 1831, Iiv8“.
Cette doctrine du passage de l’air, du poumon dans un espace vide que
les Physiologistes anciens supposaient exister entre le poumon et la plèvre
• ; est arrivé, avec quelques modifications, jusqu’à Haller; il lui a porté le der¬
nier coup en réfutant Hamberger, qui la soutenait encore.
I Hérophile était aussi d’avis qu’il y avait une respiration cutanée supplé¬
mentaire de la respiration pulmonaire; cette supposition d’une respiration
cutanee, combinée ou non avec la respiration pulmonaire, remonte jus-
i, qu aux premières écoles philosophiques de la Grèce.
La théorie d’Hérophile m’a conduit à vous parler de celle de Platon et à
vous rappeler le rôle que Galien, pressentant en quelque sorte la décou¬
verte de 1 oxygène, faisait jouer dans la respiration à la qualité de l’air
qui entretient la flamme (1) .
Enfin, Messieurs, en rapprochant et en coordonnant les textes anciens
et surtout en recourant à l’anatomie comparée, je vous ai donné, si je ne'
mabuse, des notions exactes et complètes sur les connaissances d’Héro-
pbile, touchant l’anatomie des organes génitaux de l’homme et de la
femme. Je crois vous avoir convaincu que ses descriptions ont été faites
suri espèce humaine, tandis que celles de Galien se rapportent exclusive¬
ment aux animaux; le plus souvent môme, et contre son habitude, le mé-
decm de Pergame a pris pour type, non pas les singes, mais les animaux
placés plus bas dans 1 echelle, et en particulier les ruminans.
Je dois a l’extrême obligeance de M. de Blainville d’avoir pu mettre
^ US Gap e f 1X t0UteS ,6S pièC6S SUr Iesc ' ,le!Ies J’ ai ^ifié les descriptions
_ : Ge sujet était pour ainsi dire nouveau : rebutés sans doute par dès
ifBcultés inextricables, quand on n’invoque pas les lumières de l’anatomie
comparée, les historiens s’en sont à peine occupés, et le peu qu’ils en
disent est souvent erroné.
II nous est parvenu beaucoup moins de renscignemens sur les doctrines
medicales d Hérophile que sur ses recherches en anatomie. Aussi nous est-
« dilhcile de retrouver les liens qui l’unissent à Praxagore, et les points
e contact ou de dissidence qu’il a eus avec Erasistrate ; nous les suppo¬
sant, q!le nous ne les constatons. Aussi n’est-il pas aisé de suivre
et . 1 " erruptloa les destinées de l’élément hippocratique à Alexandrie,
c ™ Préciser l’influence d’Hérophile onde son école. J’essaierai
bEemre r un quelques - uns de «» le parallèle quej’éta-
Pdrai entre Herophile et Erasistrate.
(1) De Vlilitate rc
Maintenant, Messieurs, nous allons étudier Erasistrate ; niais avant
de vous esquisser cette grande figure de l’antiquité, laissez-moi vous tracer
en peu de mots le sujet des leçons de ce semestre.
Après Hérophile et Erasistrate, je poursuivrai l’histoire de leurs sectes,
pour ne pas séparer deux choses connexes, le maître et les disciples. Il
est vrai que cette manière de procéder n’est pas très conforme à la chro¬
nologie, mais elle rentre mieux dans l’ordre logique des idées et jusqu’à
un certain point de la marche de la science.
Vous verrez les Erasistratéens passionnés pour leur chef et le révérant à
l’égal d’un dieu, conserver ses préceptes comme des dogmes. Les Héro-
philéens vous présenteront moins d’unité et d’enthousiasme pour le fon¬
dateur de leur école ; et même un des disciples immédiats d’Hérophile,
Philinus de Cos, oppose l 'empirisme au dogmatisme, ou rationalisme.
L’histoire de Philinus de Cos, que je reprendrai après celle des pre¬
miers Hérophiléens orthodoxes me permettra tout naturellement de mettre
en présence lesdeux méthodes rivales, je veux dire le dogmatisme et Ÿem¬
pirisme. Il vous sera peut-être facile de constater le passage de l’une à
l’autre, passage qui repose d’abord sur des faits de détails et plus tard sui¬
des principes généraux.
Erasistrate compte moins de disciples et de sectateurs qu’Hérophile ;
toutefois, au temps de Galien, ses doctrines avaient encore beaucoup de
partisans, tandis qu’Hérophile était à peu près abandonné, et cependant
dans son école brillent les noms les plus illustres, ceux deMantias, de Zé-
non, de Xeuxis, de Bacchius, et plus tard d’Apollonius, surnommé7e Rat.
Cette différence entre les destinées des deux écoles s’explique facile¬
ment par la différence même des doctrines et de la tendance de leurs chefs.
Hérophile ne fait que développer la doctrine d’Hippocrate, il innove peu ;
Erasistrate, au contraire, réformateur hardi, attaque le médecin de Cos,
fonde des théories jusqu’alors inconnues, et de plus les soutient par des
livres moins obscurs que ceux d’Hérophile. Ce dernier ne crée pas une
école médicale ; il ne fait que vulgariser et répandre le goût de l’anatomie,
et en même temps celui de la polypharmacie ; son influence devait néces¬
sairement être absorbée dans le grand nom d’Hippocrate qui représentait
au suprême degré l’orthodoxie médicale. Les doctrines véritablement hé¬
résiarques pouvaient seules jouir du privilège de compter des disciples
fervens ; quant aux Hippocratistes légèrement dissidens ils n’avaient pres-
qu’aucune chance de se maintenir.
Pour Erasistrate comme pour Hérophile |e suis réduit a quelques iiag-
mensde leurs ouvrages, à des mentions plus ou moins brèves fournies ph» s
particulièrement par Galien et par C. Aurelius, deux auteurs dans l’esprit
desquels la passion ne laisse pas toujours assez de place à la vérité et à l’im¬
partialité. Je me trouverai dans un plus grand embarras pour les médecins
du second ordre; les sources sont encore moins nombreuses et moins
abondantes.que pour les deux fondateurs de l’école d’Alexandrie.
Quant aux auteurs d’une renommée plus inférieure, tous les renseigne-
mens se bornent quelquefois à leur nom ; heureux quand, à force de re¬
cherches, on peut leur assigner une date, au moins approximative. Toute¬
fois, en scrutant, en rapprochant les textes, et aussi en usant d’une induc¬
tion aussi sévère que possible, il me sera permis de reconstituer quelques
courtes biographies et surtout quelques parties de la science à cette épo¬
que, dont presque tous les monumens ont péri. Ainsi, je vous parlerai suc¬
cessivement de ce qui regarde les commentaires d’Hippocrate, écrits en
grande partie par des Hérophiléens ; de la médecine gymnastique et de la
toxicologie.Pour ce dernier point, je trouverai des renseignemens précieux
dans les poèmes de Nicandre, que je vous ferai connaître en détails. Cet
auteur n’était point médecin, mais il a beaucoup emprunté aux médecins
d’un âge antérieur au sien ou ses contemporains ; ceux qui l’ont suivi ont
beaucoup puisé dans ses ouvrages. — Plusieurs questions de chirurgie se
présenteront pendant Je cours de ces leçons, particulièrement à propos
d’Héraclide de Tarente et d’Apollonius de Cittium.
J’espère arriver jusqu’à la migration partielle de la médecine grec¬
que à Rome. La science se déplace ainsi successivement avec la civilisa¬
tion, marquant par des siècles chacun de ses pas : de Grèce elle passe
a Alexandrie, et de cette dernière ville elle se rend à Rome, devenue dé¬
sormais le centre du monde politique et l’asile des sciences et des arts,
qu’elle semble tenir en réserve pour faire jouir de leurs bienfaits les peu¬
ples appelés à fonder un nouvel empire sur lés ruines de l’ancien.
„ J’apprécierai avec vous les modifications que l’esprit romain fit subir
momentanément à la médecine, qui n’en resta pas moins grecque et qui
reprit entièrement son caractère primitif entre les mains dè Galien, source
inépuisable où s’alimente la médecine pendant plus de quinze siècles.
Asdépiade, qui eut de nombreux disciples, et Thémison m’occuperont
particulièrement, surtout ce dernier, comme fondateur de la secte rnëtho-
l lc l" c ’ que j’étudierai en elle-même et dans ses rapports avec la doctrine
de Brown et avec celle de Broussais.
«ï .Celsq, si bien dénommé' YHipj>p'crate latin, sera de ma part l’objet
d’un examen particulier. Le traité de la Médecine est, en quelque
le couronnement de l’école d’Alexandrie, dont il résume, au pointa*"^
d’un système particulier, les théories et les connaissances pratiques 6 ^
jointement avec celles des médecins nouvellement établis à Rome. ’ C0 "'
On regrette seulement de ne pouvoir presque jamais rapporter les f •
et les idées à leurs auteurs primitifs. Celse, comme du reste tous les nié
decins anciens, copie, abrège beaucoup les travaux de ses devanciers"
mais ne cite guère les sources auxquelles il a puisé.
En terminant cette leçon, je désire, si vous le permettez, Messieurs
vous exprimer un vœu et vous adresser une prière.
Mon auditoire se compose, je le vois avec une vive satisfaction, d’un
grand nombre d’étudians; s’élevant au-dessus des préjugés et des habi¬
tudes, ils reconnaissent l’importance des études historiques et littéraires •
ils ne croient pas s’égarer et perdre leur temps en quittant un instant lé
giron de notre mère commune, l’École de médecine, pour venir dans les
salles du collège de France se familiariser quelque peu avec le passé,
après avoir consacré une partie de leur journée à l’étude, déjà si vaste
et si féconde, de la médecine actuelle. L’avenir des études historiques en
France est entre leurs mains.
Ceux que leur goût et leurs études préliminaires entraînent dans cette
voie, ont une occasion solennelle de faire, si je puis m’exprimer ainsi, leur
profession de foi: je veux parler de la thèse. Ma demande ne paraîtra
pas sans doute indiscrète ; je n’empiète ni sur ses privilèges ni sur les
exigences des études pratiques; je me plais a le reconnaître, dans notre
école elles doivent avoir la prééminence sur toutes les autres, puisqu’en
définitive la pratique est le dernier terme vers lequel doit tendre un mé¬
decin. Mais si par une heureuse direction de l’esprit on a su allier l’étude
du passé à celle du présent ; si d’un autre côté l’attention ne s’est point
portée sur un sujet intéressant la pratique, ne convient-il pas, à défaut
de recherches nouvelles et pouvant faire avancer directement la science,
de préférer à une question banale soit l’étude, au point de vue historique
ou littéraire de quelque question de pathologie, de thérapeutique, d’hy¬
giène, d’anatomie, de physiologie, soit l’examen des ouvrages et des doc¬
trines de quelque médecin dont le rOle aurait été jusqu’à présent mal ou
incomplètement apprécié?
N’est-ce point là d’ailleurs un moyen de mettre dans tout son jour 1 é-
tendue des ressources de son esprit et de faire preuve, en même temps,
des connaissances qu’on est convenu d’appeler positives, si l’on s’attache,
dans ses recherches, à comparer les anciens aux modernes, et à tirer des
15
ritique de cette comparaison ? Ainsi la thèse sera, tout ensem-
règl m témoignage de la culture de l’intelligence et une garantie de
science Fjjgl'^pareilles études deviendra pour le médecin, même au mi-
tites villes, une véritable source de distractions; elle le sortira
,ieU 'de habituel des faits purement pratiques; de plus, la lecture de
dU Classiques anciens fortifiera son goût pour le commerce avec nos
“°® s auteU rs modernes et l’éloignera de ces productions futiles et éphé¬
mères enfantées par l’amour de briller, ou par la passion, et desquelles la
science n’a rien à attendre.
Du reste, Messieurs, nos confrères d’outre-Rhin nous donnent cet
exemple ; chaque année il se publie en Allemagne un assez grand nombre
de thèses sur l’histoire de la médecine ; plusieui s sont excellentes et mé¬
ritent les honneurs de la réimpression ; vous remarquerez même que la
plupart des travaux historiques publiés en Allemagne sont dus à la plume
modeste et savante de praticiens relégués dans les petites villes et jusque
dans lesvillages. Il ne vous sera pas difficile d’imiter et peut-être d’égaler
vos modèles. Les Allemands sont savans et profonds ; ils ont, en outre,
le génie et la patience de l’érudition. Vous aussi vous serez savans; de
plus, vous porterez dans le choix et dans la mise en œuvre des matériaux
cette mervéilleuse clarté, cette réserve, cette critique sévère que les
Français seuls possèdent à un degré inimitable, et que nul ne leur
dispute.
Je n’ai pas besoin, Messieurs, d’ajouter que je me mets tout entier à la
disposition de ceux qui croiront devoir suivre le conseil que je prends la
liberté de leur donner, au moins autant dans leur intérêt que dans celui de
la science. Je me ferai toujours un ] I ce il
seignemens qui seront à ma disposition, et surtout de les familiariser avec
l’étude des sources et de la bibliographie historique.
Le devoir d’un professeur ne saurait se borner à l’enseignement dog¬
matique; les leçons ne sont qu’une sorte d’initiation ; ce qui est au moins
aussi utile, ce qui constitue surtout le disciple, si j’ose me servir de cette
ambitieuse expression, et ce qui rattache plus intimement l’auditoire à
celui dont on écoute les leçons, ce sont les conférences, les causeries
intimes, passez-moi ce mot, qui deviennent ainsi le développement et le
complément de l’enseignement officiel.
f démporte donc la confiance, Messieurs, que vous me croirez dévoué
aussi bien à vous-mêmes qu’à nos études communes.
Typographie Félix Malteste et C e , rue des Deüx-Portes-Saint-Sanveur ,18.